Johhny Dyani & Mal Waldron « Live at Jazz Unité »

Johnny DYANI / Mal WALDRON duo

Live at Jazz Unité – Some Jive Ass Boer

Jazz Unité, 1981

dyani_waldron

Le 16 avril 1981, dans le club alors tenu par le producteur Gérard Terronès et sis près de la Défense à Paris, jouèrent ensemble Johnny Dyani et Mal Waldron.

Soient deux grands musiciens porteurs d’un morceau de l’histoire de ce jazz frondeur et rebelle que l’on n’entendait plus beaucoup à cette époque là, plutôt encline à tendre l’oreille vers les bégaiements insipides du revival bop.

Soient deux hommes exilés ayant trouvé en l’Europe cette Terre des possibles, une terre où leur musique, le jazz, pouvait sans renier ses racines africaines-américaines devenir un langage universel.

D’un côté, Malcolm Earl Waldron, pianiste, qu’on rencontra aux côtés de Eric Dolphy et de Charles Mingus, compagnon des crépuscules de Billie Holiday et de Steve Lacy dès l’aurore, qui semblait savoir tout jouer mais jamais rien mieux que ses notes hypnotiques,  jusqu’à l’infini répétées. Waldron qui s’installera en Europe (en Allemagne d’abord, en Belgique ensuite) pour fuir une Amérique qui résonnait trop avec son désordre intime.

De l’autre, Johnny Mbizo Dyani, contrebassiste, compagnon de Chris McGregor, Don Cherry ou encore David Murray, qui avait fui le régime de l’Apartheid de son pays natal pour finir par s’installer en Scandinavie. Dyani, le contrebassiste au son épais qui savait aussi voler, le gardien d’un rythme implacable et solaire.

Tous deux ce jour là tracent de nouvelles voies en vieille terre blues, créent une nouvelle cartographie de l’improvisation, où le piano est percussion, la contrebasse chant profond.

Bien sûr l’Afrique tient une place de choix et, si boussole il y a, c’est bien là qu’elle prend repère : l’Afrique des grands espaces (la majesté tout en langueur de « Safari »), l’Afrique de l’Apartheid et des droits bafoués (« Blues for Mandela », ou la synthèse clairement faite des traditions musicales africaines et afro-américaines), l’Afrique de la pulsation et des rythmes (« Makulu – Kalahari »).

Mais bien au-delà de cette africanité partagée, et de cette conscience forcément politique de leurs racines communes, les deux hommes décident de tourner le dos à toute fusion attendue. Les territoires ne sont nulle part référencés et les lambeaux de stride, les poussières de gospel, les petits cailloux de boogie essaiment la piste de ce grand disque de jazz libéré.

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